"Les peintures de Sebastien Lecca s’affichent comme un rêve californien ; le jeu de leurs modules leur donne un aspect ludique apparemment superficiel.
Au premier regard, l’affaire semble entendue, nous sommes devant une étincelante vitrine, dont les grands pans de couleurs irréelles sont comme ces immeubles de films dont n’existe que la façade et qui ‘expriment rien d’autre que ce que nous y projetons. Ni ombre, ni mystère, ni secret : une égale clarté stérilise le tout dans une évidence absolue.
Pourtant ce n’est pas rien que ce paradoxe d’une efficace évidence attachée à du rêve mensonger.
Pour mieux le cerner, interrogeons la forme : limpidité, simplicité du graphisme, couleurs nettes et franches mises au service d’une symbolique complexe.
Symboles positifs, jeunesse, santé, tendresse, absence de toute propension au morbide, absence de référence au passé, au futur. C’est l’éternel présent, l’éternelle jeunesse de l’univers publicitaire, rendu si proche que l’ambiguïté ne cesse de nous agacer. Publicité détournée : ce n’est pas un moyen qui est promu, vanté, vendu, c’est le but qui est affirmé, la vie, le bonheur qu’il faut regarder en face comme nous regardent droit dans les yeux les personnages ancrés dans les damiers de Sébastien Lecca.
Alors donc, toujours ce sacré carpe diem ? L’injonction permanente pour les êtres qui ne le sont pas ! Mais en plus cette peinture est une brassée de symboles qui n’invitent pas à la contemplation mais à l’action, à la mobilité, à la décision, c’est une peinture comportementale.
L’interactivité des modules de Sébastien Lecca peut être négligée par le spectateur à cause même du respect voué à tout artiste. N’a-t-il pas conçu une composition, sinon supérieure, du moins préférable aux autres ?
Heureusement non.
L’art de ces modules interchangeables faits de citations (canard, Sea, sex and sun, monuments célèbres), de représentations utopistes est un art de l’instabilité, de la plasticité des significations. Le sens y est introduit par la substitution, le déplacement, la continuité, l’ajout et la suppression. La poésie naît de ces ruptures syntaxiques. A l’inverse de ces puzzles enfantins et de ces grilles fermées où le sens réside uniquement dans la « bonne » solution, ici la création est tout entière dans le kaléidoscope des compositions possibles."
Yvon Birster, galerie La Rotonde, juin 2007
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